Historique

 

Depuis le Moyen-Age, l’Europe centrale connaît, en plus des cornes évidées ou des os préhistoriques des « cornes » de bergers en bois. Ces instruments de formes et de longueurs variables selon les régions sont attestés en Suisse et dans les Balkans dès le premier quart du XVI° siècle.

Dans la vallée de Munster il faudra attendre 1850, ce qui laisse supposer que l’instrument a été importé par des paysans suisses. Mais cela n’enlève rien quant à la fabrication locale du cor des alpes  dans nos vosges. Il y eut même des cors des Alpes fabriqués en verre au fond de la vallée de Saint Amarin.  Mais ce fut une tentative éphémère vu la fragilité de l’instrument. D’autres fabriqués en fer blanc connurent un relatif succès. Mais chose curieuse, dans la cathédrale de Vieux – Brisach, ( ville frontière allemande )le peintre colmarien Martin Schongauer à peint entre 1489 et 1491 un jugement dernier où l’on voit 2 anges qui jouent du cor des Alpes. C’est donc une, des plus anciennes iconographies connue à ce jour d’un cor des alpes.

Tradition dans la vallée de Munster

Le Cor des Alpes a une vieille tradition dans la vallée de Munster et était utilisé par les Marcaires soit pour communiquer, soit pour appeler les bêtes. Souvent le fermier avait sa propre ligne mélodique et il était donc reconnaissable, identifiable.

Sur les chaumes vosgiennes, le Macaire cor des vosgesutilisait l’instrument pour rassembler ses vaches. En effet, les animaux semblent attirés par le son du cor des Alpes. ( Un exemple me reste en mémoire ; C’était à la ferme auberge « Uf Rain » avec mon frère nous fîmes sonner le cor des Alpes sur les chaumes où paissaient les vaches. Celles-ci se rapprochèrent alors de plus en plus et finirent par faire un demi-cercle autour de nous. C’étaient des spectatrices apparemment contentes ! ) Mais une autre vertu de cet instrument fit que les Marcaires s’en servirent: le son de l’instrument porte très loin : 5 à 10 km selon le temps qu’il fait.

L’instrument d’alors était beaucoup plus petit que le Cor des Alpes actuel, et, de ce fait avait une tessiture sonore très réduite. Ce cor était toujours joué en solo. Mais chacun comprendra que si le cor des Alpes s’était limité à sa fonction sociale d’origine il aurait disparu depuis longtemps – ce, qui d’ailleurs a failli arriver dès le XVIII° siècle ! C’est la ville de Berne qui en 1805 en organisant une grande fête avec concours de cors des Alpes le fît réapparaître.  Il tomba une nouvelle fois dans l’oubli et c’est la fédération des yodleurs suisses créée en 1910 qui releva le défi et donna sa place à ce merveilleux instrument que nous pratiquons aujourd’hui.

corsanciens

 

Cette illustration représente les anciens Cors des Alpes fabriqués dans la Vallée de Munster.

dessins de H. Matter. Extrait de l’annuaire 1966 de la société d’histoire du Val et de la ville de Munster

« Renaissance »

Ce n’est qu’à partir de 1970 sous l’impulsion du corniste Bernard Buecher, que pour la première fois en Alsace, le cor des Alpes fut utilisé en formation duo, trio, … Une passion était née, et les prestations de ce trio un peu partout en Alsace incitèrent de nouvelles vocations bien au-delà de la région et de la frontière. ( Alors que nous jouions sur la place du Marché à Munster un dimanche soir, une voiture, s’arrête et un monsieur émerveillé et très intéressé s’enquiert où il peut trouver un cor des Alpes. Nous apprendrons quelques années plus tard qu’il s’agissait du Pasteur Shmutz qui créa un ensemble de cor des Alpes de 18 membres à Lichentsein dans le Nord de l’Alsace.)

Ce travail de propagation fut d’autant plus facilité, qu’un amoureux du cor des Alpes, Mathieu Lamey, se mit à fabriquer ce merveilleux instrument. Les cors des Alpes de Monsieur Lamey différents de ce qui se fait en Suisse ou en Allemagne, ne sont pas enrobés de rotin, mais au contraire laissent apparaître toute la beauté du bois.Aujourd’hui, les membres du trio qui s’était produit dès le début des années 70 se retrouvent dans l’ensemble de cors des Alpes du Hohnack  créé  en 2001.

Mais ce début des années 70, c’est aussi l’époque où l’on commença à entendre le cor des Alpes dans les salles de concert en Suisse. Le cor des Alpes sortit peu à peu de son enfermement folklorique.

D’une grande diversité à une standartisation

Alphorn en Suisse et en Allemagne, son nom s’exprime aussi Wurzhorn en Autriche. Mais il y a les cousins des cors des Alpes qui se nomment Bucium en Roumanie, Ligawka en Pologne, Rog Pasterkski en Slovaquie et bien d’autres encore dans d’autres pays qui ont développés leurs propres instruments.

Aujourd’hui, dans l’arc alpin nous faisons le constat que d’une grande diversité de tonalités et de factures, le cor des Alpes a été « standartisé » dans sa tonalité autour du fa et du Sol bémol. Si cela est un avantage lors de grandes rencontres pour jouer ensemble, cela est fort dommageable quant à la richesse sonore de l’instrument. ( Les cors des Alpes du Hohnack sont encore parmi les rares à jouer dans la tonalité La bémol )

Autrefois les cors étaient fabriqués en un seul morceau à partir d’un arbre recourbé qui donnait ainsi la forme et les dimensions de l’instrument, ( donc aussi sa tonalité) scié dans sa longueur, évidé à la gouge puis recollé.  Mais dès 1930 les dimensions furent fixées selon la tonalité voulue. Aujourd’hui le cor des alpes est construit souvent avec des machines à commandes numériques à partir de bois choisis, stockés et séchés pendant plusieurs années.

Mais qu’ils soient « fait mains » ou avec ces machines modernes, les qualités sonore et de justesse sont les critères essentiels pour le musicien. Aujourd’hui le cor des Alpes est en deux ou  trois parties qui s’emboîtent. Cela permet d’accorder l’instrument et de réduire aussi son encombrement lors des déplacements.

Un instrument primitif

Dans un entretien sur le site du CMTRA, La corniste Bernadette Genestier décrit ainsi le cor des Alpes : « Le cor des Alpes est une trompe primitive limitée aux sons harmoniques naturels. Les lois physiques de la propagation des sons dans l’air définissent une série de notes «  résonnantes » appelée série harmonique. On peut percevoir certaines de ces notes en écoutant siffler le vent dans les arbres ou en faisant tourner un tuyau au-dessus de sa tête. Le cor des Alpes étant un simple tube conique sans trous, clés ou autres pistons ne peut qu’obéir à ses lois physiques… » Autrement dit, le cor des alpes ne produit donc qu’un nombre limité de sons dits « naturels ». En fait ils sont au nombre de 16 répartis sur quatre octaves.

Répertoire

La fonction sociale de l’instrument ayant disparu, ce sont aujourd’hui des musiciens amateurs et professionnels qui se sont emparés du cor des Alpes. Un répertoire important écrit par des musiciens Suisses bien sûr, mais aussi Allemands, Français, Autrichiens … s’est constitué au cours du XX° siècle et continue de s’enrichir. Duos, trios quatuors, mais aussi des pièces avec ensemble de cuivres ou harmonie, avec chœurs, des concertos avec orchestre symphonique… De même on retrouve aujourd’hui le cor des Alpes dans le jazz…

Bref, le cor des Alpes instrument primitif a réussi à investir le monde moderne.

G.B

Pour les autres  trompes et cors anciens, on peut consulter différents sites.

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093 (2) les trompes gothiques

le lur nordique

Ci-contre 5 éléments de cor en céramique, trouvés lors des fouilles au château du Hohlandsbourg à Wintzenheim (Haut(Rhin). Ils dateraient des XIV ou XVème siècles.